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La vie sous un coup d'Etat, partie 2

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terresco
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2 years agoBusy6 min read


Abidjan 1999, le président est renversé

En cette année 1999, j’étais expatrié depuis presque 6 ans en Côte d’Ivoire, en poste à Abidjan. La vie idyllique et le contexte politique (Voir article précédent) ne nous avait pas laissé deviner que les choses pouvaient se gâter. Il est vrai que certains parlaient de problèmes, prédisait qu’il allait se passer quelque chose. Mais il y en a toujours pour prophétiser le pire dans toutes les conditions. Dans l’ensemble nous écoutions ce que nous considérions comme des pessimistes indécrottables d’une oreille polie mais distraite.

* * * * *

Noël à la plage

Nous approchions des vacances de décembre. Le dernier Noël de notre contrat Ivoirien. Nous avions décidé de ne pas voyager et de passer deux semaines sur notre plage préférée. Du nom d’un village proche : Assinie, la plage s’étire depuis Abidjan mais c’est à Assinie qu’elle devient magique. Le sable blanc, planté de cocotiers générant une ombre salvatrice en faisait une plage de rêve. Pour nous qui surfions c’était la perfection, les vagues venaient s’y échouer inlassablement, toute l’année. Pas les meilleures vagues du monde certes mais c’était nos vagues, juste pour nous.

Assinie, accessible en 1h30 environ, était la destination favorite des expatriés et des Libanais d’Abidjan pour les fins de semaines. Nous y possédions des paillotes, construites sur la plage entre les cocotiers. Ces petites cabanes disparates qui peuplaient les champs de cocotiers sur une vingtaine de kilomètres de plage représentaient notre paradis. Elles étaient hétéroclites, des plus sommaires jusqu’au palace.

Notre emplacement était situé presque à la fin de la plage, prés du fleuve marquant la frontière avec le Ghana. Nous ne pouvions pas y accéder en voiture car à cet endroit la plage était séparée de la terre par une grande lagune. Il fallait transporter toutes les affaires sur une pirogue pour arriver. Il n’y avait bien sûr ni électricité, sauf de posséder un groupe électrogène, ni eau, ni magasin ou s’approvisionner. Nous négocions quelques poissons frais avec les pêcheurs du village, pour le reste il fallait tout amener, tout prévoir. En d’autres termes nous étions coupé du monde.

Les préparatifs et les premiers soupçons

Certes un Noël tropical n’a pas le charme d’un Noël sous la neige. Pour autant il faut marquer le coup. Nous avions amené quelques mets de fête et quelques bonnes bouteilles. Nous attendions des amis pour le jour de Noël.

Deux jours avant la date je trouvais qu’il n’y avait vraiment pas beaucoup de monde, Assinie ne peut pas se comparer à la Grande Motte au mois d’août, certes, mais le week-end ou les fêtes beaucoup viennent passer un moment dans leur paillote. Là c’était le désert, nous étions seuls.

L’harmattan, ce vent du désert qui apporte une fraicheur relative quand il arrive vers la côte, cachant le ciel d’un voile de poussière microscopique et voyageuse, diminuant le taux d’humidité était une bénédiction. Cette année il nous faisait l’honneur de sa visite, rendant le climat agréable et les vagues parfaites.

Plus de doutes possibles

Le matin du 25 il fallut bien se rendre à l’évidence, quelque chose n’était pas normal. Nous n’avions pas de téléphone portable, bien que les premiers fussent apparus depuis deux ans, et de toute façon il n’y avait pas de réseau. C’est un sentiment assez particulier de n’avoir aucune façon de savoir ce qu’il se passait tout en étant convaincu que quelque chose était arrivait.

Un peu plus loin il y avait un village de pêcheurs. Nous leur achetions parfois du poisson, d’autres fois nous allions les aider à tirer les immenses filets qui faisaient une boucle depuis la plage à travers la mer. Une activité quasi quotidienne, dure mais amusante pour nous qui le faisions comme loisir, à laquelle participait tout le village dans la bonne humeur.

Les pêcheurs étaient dans leur majorité Ghanéens, ce n’était pas facile de se comprendre mais on se connaissait. Les Africains ont souvent des radios dont les piles usées renvoient un grésillement redoutable. Ils gardent cependant beaucoup d’amitié pour leur poste radio, collé en permanence à leur oreille. Ce serait bien incroyable si je n’arrivais pas à glaner quelques informations. Ce fût le cas, lorsqu’un des pêcheurs me dit qu’ils avaient tué Bédié. Ce n’était pas dans ces termes, beaucoup plus imagé, avec toute la beauté de l’expression Africaine mais le stress qui a du m’attraper m’a fait oublier la formule.

Bédié n’était pas mort mais les rumeurs circulent à grande vitesse dans ces cas là, s’amplifiant au cours des étapes. Mais, là oú nous en étions, tout restait flou et nous n’avions aucun moyen d’avoir plus de nouvelles. Ici bien entendu, dans ce coin du bout du monde oú il n’y avait rien à voler sauf la beauté de la nature, tout était normal. Que faire ? Deux choix s’offraient à nous. Le premier était de rester ici et d’attendre en toute sécurité la suite des événements. Nous n’aurions aucune information fiable sur les événements. Il faudrait bien rentrer un jour. Imaginons qu’il y ait une guerre civile nous serions coincés ici sans secours possible. A Abidjan il y avait une caserne de militaires Français, ceux que l’on critique parfois mais que l’on est content de trouver dans ces situations. Une protection et une évacuation était possible comme on l’a vu deux ans plus tard.

Mais n’anticipons pas, notre premier choix présentant ses limites nous avons opté, à tord ou à raison je ne le sais toujours pas aujourd’hui, pour la deuxième option : rentrer immédiatement à Abidjan. Nous savions que cela comportait des risques, quand ce genre de tempête se déchaine tout peut arriver. Nous partions sans météo affronter cette tempête. Il restait à parcourir 80 kilomètres en voiture, puis traverser Abidjan puisque nous habitions de l’autre côté de cette ville si étendue. Impossible d’éviter l’entrée et l’aéroport, le pond. Des goulots d’étranglement probablement décisifs.

* * * * *

La décision était prise, à l’unanimité de deux, ma femme et moi. Il n’y avait plus qu’à mettre en œuvre. J’avais du lire trop de bouquins de reporter de guerre à cette époque car je me revoie en train de préparer mon appareil photo, caché sous mon siège, prêt à servir. Les soixante ou soixante dix kilomètres avant l’entrée d’Abidjan nous surprimes par leur calme, rien d’inhabituel si ce n’est moins de circulation que d’habitude. En fait quasiment pas de circulation et plus de barrage policiers non plus. C’est donc plutôt rassurés que nous arrivâmes dans les bidons villes annonçant l’arrivée dans la zone de l’aéroport et l’entrée de la ville.

Nous étions peut-être un peu naïfs mais pas idiots nous savions que ça ne serait pas aussi facile jusqu’à la maison … en effet.


Sauf indication contraire toutes les photos sont mes photos personnelles

Je soutiens une école à Madagascar parce que :

  • Je connais l'école et l'association ;
  • Oui, l'éducation peut changer la vie ;
  • Tous les acteurs sont 100% bénévoles ;
  • Cela me coûte 2€, 0,66€ après déduction impôts, pour scolariser un enfant ... un mois !

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